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Les industries des énergies fossiles et du transport n’auront pas à respecter la cible climatique du Canada


L’industrie des énergies fossiles et le secteur des transports ne respecteront pas la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Canada pour 2030, selon ce qui se dégage du nouveau plan dévoilé mardi par le gouvernement Trudeau. Celui-ci prévoit des investissements de plus de neuf milliards de dollars afin de lutter contre la crise climatique et placer le pays sur la voie de la carboneutralité d’ici 2050.

Ce plan de réduction des émissions de GES, qui détaille « les prochaines étapes du Canada pour un air pur et une économie forte », prévoit que les émissions du pays reculeront de 40 % par rapport à leur niveau de 2005 d’ici la fin de la décennie. Cet objectif, qui signifie que le pays émettrait alors 443 millions de tonnes de GES, est la moins ambitieuse des deux cibles présentées l’an dernier par le fédéral.

Les deux principaux secteurs responsables des GES du Canada — les industries des énergies fossiles et le domaine des transports — ne respecteront toutefois pas cette cible, selon les calculs inscrits dans le document de 300 pages publié mardi.

 

 

Les émissions des industries pétrolière et gazière, qui représentent plus du quintuple de celles du secteur des transports au Québec, devraient ainsi reculer de 31 % par rapport au niveau de 2005 d’ici 2030. Mais avant d’espérer atteindre cette cible, le gouvernement Trudeau devra imposer un « plafond » d’émissions, dont les détails restent encore à préciser.

Pourquoi cette industrie n’aura-t-elle pas à respecter la cible nationale de réduction des GES ? « Différents secteurs ont différentes réalités, et nous reconnaissons la réalité du Canada. Mais nous en demandons énormément à l’industrie pétrolière », a répondu le premier ministre, Justin Trudeau, mardi, dans le cadre d’un point de presse à Vancouver.

Le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, a précisé que le gouvernement avait opté pour « une approche très pragmatique » qui ne permettait pas d’imposer la même cible « pour tout le monde ». La production d’électricité doit ainsi réduire ses émissions de 87 % d’ici 2030, alors que l’industrie lourde doit atteindre une cible de 38 %, a-t-il illustré.

Qui plus est, le gouvernement Trudeau prévoit une hausse de la production de pétrole et de gaz naturel ces prochaines années, ont indiqué des experts fédéraux dans le cadre d’une séance d’information. « Le Canada continue d’être un fournisseur d’énergie dans le contexte de la transition », a-t-on fait valoir. Le pays est le quatrième exportateur mondial de pétrole et le sixième exportateur mondial de gaz naturel.

 



 

 

Électrifier les transports

En ce qui a trait au secteur des transports, les données avancées dans le plan fédéral prévoient une baisse des émissions d’à peine 12 % par rapport à leur niveau de 2005 d’ici 2030. Son bilan de GES devrait alors dépasser celui des secteurs pétrolier et gazier.

Le gouvernement compte toutefois accélérer l’électrification du transport routier, et en particulier des véhicules personnels. Il mettra donc en place une obligation de vente « pour veiller à ce qu’au moins 20 % des nouveaux véhicules légers vendus soient des véhicules zéro émission d’ici 2026, au moins 60 % d’ici 2030 et 100 % d’ici 2035 », selon ce que précise le nouveau plan.

Le gouvernement injectera également 1,7 milliard de dollars dans son programme d’incitatif à l’achat de véhicules zéro émission, afin d’en réduire le coût pour les consommateurs. En parallèle, un montant de 900 millions de dollars est prévu pour développer le réseau de bornes de recharge.

Dans l’ensemble, ce plan comporte de nouveaux investissements totalisant 9,1 milliards de dollars. Le fédéral souhaite ainsi améliorer l’efficacité énergétique des immeubles (dont les résidences), financer des initiatives de la part des autres ordres de gouvernements, développer davantage les énergies renouvelables et miser sur les « solutions climatiques fondées sur la nature », comme la protection de forêts et de milieux humides.

Beaucoup de travail à faire

Pour la première fois, le Canada misera sur le développement de technologies expérimentales de capture et de stockage de carbone pour réduire ses émissions de GES. Une enveloppe de 319 millions de dollars avait déjà été annoncée dans le plus récent budget fédéral pour tester la viabilité commerciale de ce procédé, qui intéresse particulièrement le secteur des énergies fossiles. Selon Ottawa, l’atteinte de la carboneutralité en 2050 passe inévitablement par le déploiement de cette technologie, qui consiste essentiellement à capter les émissions de CO2 pour les enfouir dans le sol.

 



 

Il faut dire que le Canada a fort à faire pour espérer respecter ses cibles de réduction des GES, chose qui n’a jamais été accomplie jusqu’à présent. Selon le plus récent bilan disponible, soit celui de 2019 (un bilan 2020 doit être publié en avril), les émissions canadiennes de GES ont atteint 730 millions de tonnes, soit un million de tonnes de plus qu’en 2018. Elles ont augmenté chaque année de 2016 à 2019, et ont reculé d’à peine 1,2 % depuis 2005.

Même si le gouvernement Trudeau réussissait là où ces prédécesseurs ont échoué, le Canada ne respectera pas la cible internationale mise de l’avant par le Groupe d’experts intergouvernemental pour l’évolution du climat (GIEC). Pour espérer limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle — l’objectif de l’Accord de Paris, ratifié par Ottawa — , il faudrait réduire les émissions de 45 % par rapport au niveau de 2010 d’ici 2030. Pour le Canada, cela équivaudrait à ramener les émissions à 387 millions de tonnes ; la cible du nouveau plan permettra, au mieux, de les faire reculer à 443 millions de tonnes.

En présentant cette nouvelle feuille de route « crédible et réalisable pour donner un élan à l’échelle nationale », le ministre Steven Guilbeault a néanmoins assuré mardi que le plan permettra de se tourner vers « un avenir respectueux de l’environnement ».

Avec Clémence Pavic

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