News

[Critique] « Mama » : Prégnante peinture familiale


La création de Mama chez Jean-Duceppe a des accents à la fois inédits et familiers. Cette grande fresque de Nathalie Doummar, inspirée de sa famille d’ascendance égyptienne, permet à la compagnie cinquantenaire d’accueillir pour la première fois une douzaine de comédiennes, d’origines diverses, sur sa scène. Un univers tout féminin qui, avec sa smala tissée serrée, son aliénation liée au catholicisme, se révèle pourtant immédiatement reconnaissable dans la culture de Michel Tremblay.

L’autrice de Sissi y déploie son don de portraitiste. Entre bavardages triviaux et révélations graves, humour et drame (souvent dans la même scène), elle saisit la dimension tragicomique et parfois absurde de la vie, des relations humaines. Un art pas si facile à maîtriser. Mais la pièce, à force de détails et de couches superposées, dessine une peinture vivante, colorée et riche en personnages individualisés.

Mama expose ce qu’une famille porte simultanément de blessures, d’antagonismes, de jugements et de solidarité, structure étouffante et consolatrice à la fois.

Et dans cette réunion entre trois générations cohabitent valeurs plus traditionnelles et conversations d’une étonnante franchise sur la sexualité. On voit les cadettes tenter de tracer leur chemin, entre héritage du passé, pression familiale et aspirations à se libérer.

Maternité

 

Placé sur scène sous un large miroir circulaire, le patriarche mourant (Igor Ovadis) que la tribu veille apparaît comme une planète autour de laquelle gravitent les personnages. La magnifique scénographie de Geneviève Lizotte élève notre vision de l’action grâce à cette image en plongée et sert aussi d’écran pour des vidéos signées Chélanie Beaudin-Quintin.

Il y a d’ailleurs une qualité cinématographique dans la mise en scène de Marie-Ève Milot, qui orchestre un dynamique tableau d’ensemble, à la fois cohésif et contrasté. Au sein de cette imposante distribution, bien qu’un peu inégale, émergent des tempéraments forts. Telles les compositions savoureuses de Natalie Tannous ou de Mireille Tawfik, pour ne nommer que celles-là. Ou la « rebelle » campée par Doummar elle-même.

Et même si c’est du grand-père qu’on parle, de sa violence qui a marqué la famille, Mama porte bien son titre. La question de la maternité, de l’impact que ce choix a sur la vie des femmes, devient un enjeu important du récit.

Et Mireille Naggar impose une présence très sentie en matriarche, figure majeure bien que peu bavarde, qui sert en quelque sorte de liant transgénérationnel. Sa poignante scène avec sa petite-fille, scène d’une belle composition picturale qui se passe en grande partie de mots, est l’un des temps très forts du spectacle.

Ajoutons que, durant une campagne électorale où certains instrumentalisent les immigrants, cette peinture pétrie d’humanité d’une famille néo-québécoise paraît tomber à point…

Mama

Texte : Nathalie Doummar. Mise en scène : Marie-Ève Milot. Au théâtre Jean-Duceppe, jusqu’au 8 octobre

À voir en vidéo





Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published.