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«Bye Bye Bye Karim»: poignante veillée aux Francos


« Si y’a un monstre sous mon lit, je ne dormirai pas / Je vais le prendre par les cornes et m’en faire un repas », chantait Karim Ouellet. Hier soir, place des Festivals, nous, dizaines de milliers de fans et la vingtaine d’amis sur scène, nous sommes chargés d’endormir le Monstre qui surgissait parfois dans ses chansons durant ce concert à la fois sobre et festif aux allures de rite de passage de l’ombre à la lumière, de la douleur au bonheur de savoir le disparu encore avec nous à travers son œuvre.

« Comme le ciel est sombre ce matin / Accroupi dans l’ombre, je n’ai plus peur de rien », chantait encore Karim dans la chanson Les brumes, tirée de l’album Fox (2012). Le concert s’est solennellement ouvert ainsi, avec sa chanson, sa voix sortant des haut-parleurs pendant de longues minutes pendant que des photos de lui étaient projetées sur la face de l’édifice de l’université longeant l’avenue du Président-Kennedy. Sur scène, un projecteur éclairait son masque de renard, déposé au bout du manche d’une guitare.

Lorsqu’Ariane Moffatt s’est présentée sur scène pour interpréter Il était une fois, l’émotion était déjà aussi palpable que l’humidité de cette soirée menacée par l’orage qui n’est jamais venu – ce monstre-là aussi a été endormi. « Salut, mon beau Karim ! », a-t-elle lancé avant d’être simplement accompagnée par une guitare acoustique, jusqu’à ce que la dizaine de musiciens, tous accompagnateurs de Ouellet, la rejoigne pour faire lever la finale.

L’amie Gabrielle Shonk est venue en relève, d’abord pour une version remarquablement intense de Dans la nuit qui tombe, puis pour La course, celle-là accompagnée par une des choristes de l’orchestre de Karim, Amélie Nault. Claude Bégin et sa sœur Élise, choriste et confidente de Karim, ont suivi pour offrir Rien ne sert de courir, une perle de succès pop aux retentissants accents disco que leur ami n’avait jamais interprété dans ses spectacles.

Une bonne vingtaine de minutes venaient de se dérouler, mais une certaine lourdeur persistait, sur scène, et tout de même dans la foule. On dansait, on chantait les refrains, une boule dans l’estomac. Il a fallu ce moment passé auprès des choristes de Karim, Audrey-Michèle Simard, Élise Bégin et Noémie Tisserand, pour crever l’abcès. Audrey-Michèle a d’abord pris le micro pour chanter le premier couplet, puis le refrain, de la si belle Marie-Jo, elle aussi tirée de Fox : « Quand on est ensemble, tout me semble si beau / Baby, je t’en prie / Jésus, Marie-Jo ». Élise lui a pris la main pour chanter la suite avec elle, puis Noémie.

C’était beau à pleurer. Ce fut un soulagement : il nous fallait verser cette larme pour enfin pouvoir profiter du spectacle, des talents réunis sur scène, des grandes chansons de Karim Ouellet, son héritage. Claude et Élise sont revenus sur scène pour une version acoustique de Fox, La Bronze s’est chargée de souffler sur les braises et faire grimper la température avec le funk- pop Cœur de pierre, puis trois des trublions d’Alaclair Ensemble ont propulsé le spectacle dans une célébration en professant L’amour : « Ah-ha, dis-moi qu’on est deux ma belle et qu’il y a ta voix qui m’appelle / Et dis-moi, qu’est-ce qu’on va faire ? / On fait l’amour, on fait la guerre », ont repris en chœur les dizaines de milliers de spectateurs.

Claudia Bouvette a ensuite offert une torride version de Les roses, tout à fait dans l’esprit pop aux tons rap de la chanson, et brillait avec la même intensité en duo avec Hubert Lenoir pendant Oh ! Non, le coquin de Lenoir bourdonnant autour de la chanteuse comme une abeille autour d’une hémérocalle. Pareille chimie pour le duo réunissant Moffatt et Lenoir pour La mer à boire – c’était si enjoué qu’Ariane en a même perdu son soulier !

Tous, d’Ariane à Valaire invité à faire un medley, se sont vaillamment mis au service des compositions de Ouellet. En toute franchise, ce concert monté à la hâte laissait paraître ses imprécisions dans l’exécution, les cuivres parfois inégaux, les voix craquant çà et là (ce que nous mettrons sur le compte de l’émotion), les quelques couacs de sonorisation. Ce fut cependant tel qu’annoncé : une veillée, un peu à la bonne franquette, mais tellement amoureuse, généreuse, rassembleuse, qu’on ne peut qu’applaudir.

Après plusieurs autres bons numéros, une tendre version piano solo de Plume servie par Moffatt, un puissant duo de Fanny Bloom et La Bronze (Décembre), le maître officieux de la cérémonie Luis Clavis a présenté un enregistrement inédit de Karim Ouellet intitulé Héréditaire. Un petit bout du voile levé sur l’album qu’il aurait dû terminer et qui aurait vraisemblablement signalé un nouveau chapitre dans sa trajectoire musicale : le texte, la mélodie, du grand Ouellet, mais apposés sur une production plus près de l’esthétique hip-hop contemporaine, avec un motif de guitare acoustique trafiqué en studio et des basses synthétiques bien grasses. Le texte de cette inédite empruntait une strophe à la chanson La famille d’Alaclair Ensemble, qu’ils sont allés chanter en « flippant » le refrain, comme le disait KNLO, pour faire dire à la foule : « Rest in peace à Karim ! »

Avant le rappel, tous les musiciens se sont massés sur scène. Demeurée en coulisses durant tout le spectacle, Sarahmée les a rejoints pour ensuite prendre la parole, la gorge nouée : « Maman », a-t-elle dit en portant son regard vers l’estrade, « regarde comment les gens aimaient Karim ! ».

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